mardi 9 août 2016

Le monde est Stone


Les quelques lignes (http://fr.aleteia.org/2016/08/02/le-pape-francois-et-la-violence-catholique-stupefaction-reflexion-et-reverence/) que j'ai écrites pour donner à la fois mon sentiment et tenter de comprendre les paroles du Saint-Père, au sujet de la violence, de l'islam et du catholicisme, dans l'avion qui le ramenait de Cracovie vers Rome, m'ont valu d'abondants échanges. J'ai été frappé de la violence de certains, même si, acteur régulier des réseaux sociaux, je n'ignore pas combien d'internautes profitent du relatif anonymat que leur procure ce moyen de communication, pour déverser leur haine, leur colère ou leur souffrance parfois. 



A ceux d'entre eux qui ne sont pas catholiques, je répondrai ceci. Vous avez un droit absolu de critiquer les positions du Pape François, voire même de les combattre ; nonobstant, me semble-t-il, la politesse et la déférence dues à un chef d'Etat (fût-il l'un des plus petits du monde) et au chef de plus d'un milliard et demi de croyants à travers la planète. Non seulement vous avez ce droit, mais, votre critique peut s'avérer constructive. J'ai noté, ici ou là, des réflexions intéressantes, de la part de personnes ayant une bonne connaissance du monde de l'islam, ou de la géopolitique.

A ceux qui sont catholiques, je veux dire, ma stupéfaction devant la brutalité et l'indigence de certains propos. Du #pasmonpape - absurde si l'on se dit catholique, ou bien changez de religion et il est alors inutile de le préciser ! - aux subtilités byzantines sur la portée ou non des paroles pontificales en dehors du magistère solennel -ex cathedra -, il y a là pour le moins un refus de l'autorité suprême du Souverain Pontife et de l'adhésion que nous lui devons, du fait même de l'immédiateté universelle de son pouvoir sur chaque fidèle baptisé. Certes, les propos "politiques" du Pape ne nous engagent pas de fide - et heureusement -, mais la manière dont nous les abordons, comme catholiques, ne peut se faire comme si nous discutions les thèses de tel ou tel politique français. L'amour et la révérence que nous devons porter au Saint-Père nous obligent à une lecture la plus positive possible - pia interpretatio - de l'ensemble de ses interventions. Si nous n'y parvenons pas, alors il nous est nécessaire de pratiquer avec humilité un acte de foi. Non pas forcément de foi quant au contenu même des propos - s'il ne s'agit pas d'un enseignement ex cathedra - mais un acte de foi en la personne du successeur de Pierre. Pour être provocant : je préfère me tromper en suivant le Pape - sauf si ma conscience me l'interdit... je renvoie là à saint Thomas d'Aquin - que d'avoir raison contre lui ! Ubi Petrus, ibi Ecclesia. Là où est Pierre, là est l'Eglise. Cette règle ne souffre pas d'arguties. Si ma petite intelligence me rend impossible une adhésion formelle et publique, alors il vaut mieux entrer dans le silence et la prière que donner le spectacle scandaleux de fils dénaturés critiquant publiquement leur père...




Enfin, un autre élément m'a frappé - ou plus exactement me frappe - dans nombre de controverses entre catholiques. L'art de la disputatio est un art éminemment catholique. Il n'est que d'observer la méthode d'un Thomas d'Aquin pour s'en convaincre ! Mais précisément, le même Thomas, après avoir montré la pluralité des opinions sur tel ou tel sujet, après avoir donné sa propre solution, cherche toujours à exposer comment les uns et les autres avaient perçu tel ou tel aspect de la vérité recherchée. C'est que la pensée catholique ne peut jamais se satisfaire de l'univocité ; car cette vérité qu'elle recherche est in fine une personne, et quelle personne ! Dieu lui-même fait homme en Jésus-Christ. Bien malin celui qui prétendrait, sur cette basse terre, en avoir fait le tour et la posséder tout entière ! Ainsi, en comparant le Pape François à Pie XII, je ne crois pas avoir dit que le Pape François était Pie XII. Et si je veux bien admettre que comparaison n'est pas raison, certains de mes contradicteurs, veulent-ils bien réaliser que le contexte géopolitique actuel est aussi radicalement différent de celui des années 1939-1945 ? La parole publique des Pontifes ne peut être exactement la même ! C'est aussi simple à comprendre que le changement de ton du Magistère romain au sujet des "droits de l'homme" entre la fin du XVIIIe siècle et la moitié du XXe siècle !


Aussi, pour m'appliquer ce principe, je reprends volontiers à mon compte, une autre hypothèse, suggérée par l'un de mes correspondants, pour essayer de saisir la portée des fameux propos du Pape François. Je suis, en fait, autant gêné que beaucoup, par ces propos ; surtout le déni des dangers de l'Islam. Mais c'est que le Pape a un point de vue radicalement différent du nôtre. Il vient d’Amérique du Sud. Je ne crois pas, comme certains, qu’il ignore les difficultés concrètes à cohabiter avec les musulmans dans les cités de nos villes ou au Moyen-Orient, mais son analyse géopolitique n’a pas les mêmes références que la nôtre. Ce qu’il veut, c’est nous inciter à nous placer, comme lui, du côté des pays pauvres de la planète, de ceux qui n’ont pas le pouvoir macro-économique ni militaire. Ce faisant, il se place aussi du côté des pays musulmans qui, excepté quelques puissances pétrolières - en réalité très tributaires aussi de nos économies occidentales -, sont les jouet des puissants. L’Amérique du sud ayant vécu cela, de révolutions en révolutions, d’attentats en attentats pour finalement faire toujours le jeu des marchés financiers, il lui est arrivé de dire que l’on devient terroriste surtout quand on pense n’avoir pas d’autre choix pour améliorer son sort. C’est peut-être une analyse simpliste, mais c’est la ligne habituelle du Saint-Père : nous inciter à entrer dans le point de vue des plus pauvres. La question qui suit immédiatement dans l’interview et la réponse viendraient appuyer cette analyse. Et si cette analyse me permet de rester proche du Pape et de sa pensée, je veux bien la faire mienne aussi !

jeudi 4 août 2016

Saint Jean Marie Vianney

Modèle des prêtres





L'anecdote est réelle et se déroule dans les années 1980. Des fidèles scandalisés par les comportements de certains de leurs prêtres, s'en ouvrent à leur cardinal archevêque, et finissent leur discours en prenant l'exemple du saint curé d'Ars pour montrer à quel point leurs pasteurs s'en éloignaient. La réponse du cardinal fuse : "oh vous savez, le Curé d'Ars, c'était pour le XIXe siècle !" 

Quelques jours seulement après, le Pape Jean Paul II publiait sa lettre du jeudi saint, toute centrée sur la figure du... Curé d'Ars, modèle toujours actuel pour les prêtres de notre temps ! "Nous avons plus que jamais besoin de son témoignage, de son intercession, pour affronter les situations de notre temps où, malgré un certain nombre de signes d'espérance, l'évangélisation est contrariée par une laïcisation croissante, où l'on néglige l'ascèse surnaturelle, où beaucoup perdent de vue les perspectives du Royaume de Dieu, où souvent, même dans la pastorale, on se préoccupe trop exclusivement de l'aspect social, des objectifs temporels." (Jean-Paul II, Lettre aux prêtres, jeudi saint 1986). 

En méditant la vie de Jean-Marie Vianney, chaque prêtre peut trouver des raisons d'espérer et de progresser ; chaque fidèle des motifs pour s'émerveiller de la grandeur du sacerdoce catholique et pour prier en faveur de ceux qui en sont porteurs, ô combien fragiles dans leur humanité. "Saint Jean-Marie Vianney apporte une réponse éloquente à certaines remises en question de l'identité du prêtre (...) Le prêtre trouve toujours, et de façon immuable, la source de son identité dans le Christ Prêtre. Ce n'est pas le monde qui fixe son statut, au gré des besoins ou des conceptions des rôles sociaux. Le prêtre est marqué du sceau du sacerdoce du Christ, pour participer à sa fonction d'unique Médiateur et Rédempteur. Alors, à cause de ce lien fondamental, s'ouvre au prêtre le champ immense du service des âmes, pour leur salut dans le Christ et dans l'Église." (op.cit.)
Modèle des prêtres





L'anecdote est réelle et se déroule dans les années 1980. Des fidèles scandalisés par les comportements de certains de leurs prêtres, s'en ouvrent à leur cardinal archevêque, et finissent leur discours en prenant l'exemple du saint curé d'Ars pour montrer à quel point leurs pasteurs s'en éloignaient. La réponse du cardinal fuse : "oh vous savez, le Curé d'Ars, c'était pour le XIXe siècle !" 

Quelques jours seulement après, le Pape Jean Paul II publiait sa lettre du jeudi saint, toute centrée sur la figure du... Curé d'Ars, modèle toujours actuel pour les prêtres de notre temps ! "Nous avons plus que jamais besoin de son témoignage, de son intercession, pour affronter les situations de notre temps où, malgré un certain nombre de signes d'espérance, l'évangélisation est contrariée par une laïcisation croissante, où l'on néglige l'ascèse surnaturelle, où beaucoup perdent de vue les perspectives du Royaume de Dieu, où souvent, même dans la pastorale, on se préoccupe trop exclusivement de l'aspect social, des objectifs temporels." (Jean-Paul II, Lettre aux prêtres, jeudi saint 1986). 

En méditant la vie de Jean-Marie Vianney, chaque prêtre peut trouver des raisons d'espérer et de progresser ; chaque fidèle des motifs pour s'émerveiller de la grandeur du sacerdoce catholique et pour prier en faveur de ceux qui en sont porteurs, ô combien fragiles dans leur humanité. "Saint Jean-Marie Vianney apporte une réponse éloquente à certaines remises en question de l'identité du prêtre (...) Le prêtre trouve toujours, et de façon immuable, la source de son identité dans le Christ Prêtre. Ce n'est pas le monde qui fixe son statut, au gré des besoins ou des conceptions des rôles sociaux. Le prêtre est marqué du sceau du sacerdoce du Christ, pour participer à sa fonction d'unique Médiateur et Rédempteur. Alors, à cause de ce lien fondamental, s'ouvre au prêtre le champ immense du service des âmes, pour leur salut dans le Christ et dans l'Église." (op.cit.)

lundi 1 août 2016

Un modèle pour les éducateurs



















Saint Jean Bosco nous accompagne en ce mois d'août. Voilà un choix doublement heureux. D'abord à cause de l'actualité des affaires de pédophilie qui entachent l'église catholique de France. Or Jean Bosco est un modèle d'éducateur et démontre que l'on peut être prêtre, consacré au Seigneur dans le célibat, et œuvrer toute sa vie dans la proximité et en faveur de jeunes gens. Allons plus loin, Don Bosco fut même un précurseur en ce domaine, et d'influents politiques italiens, plutôt hostiles à cette époque à la religion, seront de fervents défenseurs de Jean Bosco, de ses œuvres et de ses intuitions pour l'éducation de la jeunesse. Don Bosco n'est pas le seul, mais sa personnalité, son engagement particulier en faveur des enfants et des adolescents, en font un modèle éminent pour tous les éducateurs chrétiens, et de manière spécifique pour les prêtres. En contrepoint, sa passion pour les jeunes âmes, son dévouement pour les amener à la vertu et à l'amour du Christ, nous démontrent, s'il le fallait, l'horreur criminelle commise par ces consacrés dévoyés qui cherchent à abuser des jeunes âmes, en se parant de l'autorité morale que leur confère le sacerdoce. Que la prière de Don Bosco vienne réconforter tous ceux qui cherchent, avec un vrai zèle apostolique, à éduquer les jeunes et à les conduire vers la Foi.

Cette éducation revient en premier lieu aux parents. C'est notre deuxième raison de réjouissance. En cette période estivale, combien de parents s'arrachent les cheveux avec leurs enfants, pour maintenir une vraie vie de Foi, malgré toutes les tentations propres au temps des vacances. Le bréviaire offre, chaque année pour la fête de Don Bosco, une magistrale lettre de lui, écrite à ses confrères. " Il est toujours plus facile de s'irriter que de patienter, de menacer un enfant que de le persuader ! Je dirai même qu'il est plus facile pour notre impatience et pour notre orgueil, de châtier les récalcitrants, que de les former en les supportant (...) Dans les cas très graves, il vaut mieux vous recommander à Dieu, lui adresser un acte d'humilité, que de vous laisser aller à un ouragan de paroles qui ne font que du mal à ceux qui les entendent, et d'autre part ne procurent aucun bénéfice à ceux qui les méritent".  Que la prière de saint Jean Bosco vienne en aide à tous les parents chrétiens en ces temps de vacances !

mardi 12 avril 2016

Le curé à consommer




Une personne proche de moi me fait parvenir ce beau texte qu'il me plaît de vous partager.
PCV+

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Fréquentant le milieu ecclésial depuis toujours à titre amical ou professionnel, évoluant dans une famille où l’on répond  favorablement à l’appel du Seigneur d’oncles en neveux, de tantes en nièces, de génération en génération, je saisis combien entre le rejet et l’adulation, la raideur et l’affection, il peut être ardu de trouver la juste pose pour un laïc comme pour un consacré.


Le prêtre dieu


Ah oui, ça pour être idolâtré, le curé est vite transformé en veau d’or.
C’est tellement plus facile !

Pour nous : pas de question à se poser, on suit tout ce qu’il dit ! Il est saint, forcément !
Pour lui : magnifique, il est le plus beau, il est parole d'Évangile, les ouailles l’adorent, il est génial. Il y a celles qui le fuient : il est vénérable et intouchable! Il y a celles qui le scotchent et tentent de toucher son habit, à qui il distribue ses faveurs, veux-tu un sourire, une poignée de main, un clin d’œil, un bon mot.
- Et mes sermons, hein, tu as vu ?
- Quelle intelligence, quelle finesse, quel talent d’orateur !
- Tu en as des sujets à louer à mon compte ! Je fais tout ça pour toi, pour qui ? 
Pour moi ! Pour vous, oui !
Ah oui tu as vu ma liturgie ? Je m'adapte : tu es plutôt de gauche, c’est tendance, tu es plutôt tradi... je peux tout faire pour te plaire...
Ah ça, n’est pas curé qui veut !
Tu n’as même plus besoin de ton Dieu.


Le prêtre papa


Un père spirituel : essentiel pour progresser en sainteté ! 
Papa spi, mon père spirituel, mon confesseur, mon directeur de conscience, ma fille spi, mon dirigé, ma charge d’âmes ... des termes plus ou moins affectueux, c’est selon. 
Mais oui le prêtre est un père, il nous donne à manger, il nous pardonne, il veille à notre élévation, il conseille nos décisions, il éclaire nos consciences, il vit par Jésus.
Bienveillance, discernement, Vérité : il cherche !
Qu’il n’ait pas peur non plus de la proximité ; las les complotistes : une main sur l’épaule, une tape sur la joue, une imposition de main dans une broussaille de cheveux et la joie rejaillit !
Mais toi, l’ouaille, ne profite pas de tes faiblesses pour lui demander plus, à ton père spi ! Il n’est pas là pour combler tes manques ! Lui aussi panse et pense ses fragilités ! Prie le Saint Esprit pour lui, qu’il sache t’aider et te soigner par les sacrements, et sois acteur de ta vie spirituelle, ce n’est pas un gourou, il n’a rien à te dicter et tu n’as pas à t’en faire un führer !
Et accepte ses sautes d’humeur : estimes-tu tes sollicitations toujours à propos ? Relis les vies de saints, ils n’étaient pas toujours affables !
Ploie la nuque et rumine. 
Laisse lui ses temps de prières, oublie son téléphone, ne l’indispose pas en le prenant pour le SAMU. Enquête par toi-même en premier lieu, lis des docteurs de l’Eglise, médite, prie, et sollicite le pour ton âme, pas tes états d’âme. 
Utilise ta liberté. 
Qu’il t’aide à en disposer.
Cherche Dieu.

Le prêtre copain

Ben oui, le prêtre a droit d’avoir une vie sociale ! C’est un ami du Bon Dieu, c’est un ami pour chacun.
Mais diantre, te doit-il des comptes sur ses fréquentations ? Et doit il entrer dans l’intimité de tous parce qu’il est prêtre ?
Tu es une femme, une fille, une épouse ou une religieuse, te crois-tu obligée de rentrer en contact rapproché pour mieux saisir les attentes du Seigneur ?
Tes mini-jupes et autres cliquetis au premier rang de l’église sont-ils nécessaires à la méditation ? Crois-tu que tu sois sa sœur dans le Christ au point que rien ne l’émeuve ? Penses-tu vraiment qu’il est immatériel parce que consacré au Seigneur ? Et ta naïveté, là, ne rime-t-elle pas avec impureté ? Au fait, son célibat implique-t-il le pensum de t’écouter déblatérer sur tes ennuis sentimentaux ou tes petites vacheries de bureau pendant des heures ? As-tu pensé à parler avec ton mari/ ta supérieure/ ta sœur/ des sujets qui te préoccupent avant de le harceler ? Rire avec lui, soit, le soutenir, bravo, le retenir, non : des âmes attendent ! Et toi, homme, dois tu l’entraîner dans tes délires matérialistes au point de l’inonder de cadeaux high-tech, ou sous prétexte qu’il est curé-qui-doit-être-pauvre ne jamais lui offrir un chèque ? Crois-tu nécessaire de lui infliger tes conversations de troisième mi-temps et  ta descente légendaire ? Doit-il t’accompagner dans tes vices pour témoigner de son amitié ?

Et toi, curé, quand te permettras tu d’être toi-même : un super mec qui a décidé de dire jour après jour oui à son Dieu et intègre pleinement qu’il n’est pas de ce monde ? Hormis les prudes et faux naïfs, nous savons bien que tu sais ce qu’est « la chose », expérimentée ou non. N’en remontre pas en te la jouant, dansant un rock avec Madame, flattant Monsieur dans ses faiblesses, complimentant de sa dernière photo torse nu l’éphèbe ou chantant Rihanna avec la petite. Et bien oui, c’est rigolo de faire le curé cool, mais là, tu dépasses les bornes ! Tu te desserts et tu gênes. Tu choques et tu paralyses. Tu catalyses les chutes. Et ton âme et ta santé ? Et l’alcool dans tout ça ? Ton lever de coude, personne n’en doute ! Finir en tonneau attirera-t-il les âmes ? Tes tiraillements, garde les pour ton psy ou ton père spi ! Ne laisse pas tes fidèles se gausser de tes sermons obsédés et de tes frustrations ni soignées ni transcendées.
Rappelle-toi qu’il y a des heures pour partir, des heures pour se taire, des heures pour regarder ailleurs, des heures pour laisser le couple face à lui-même, les célibataires à leur solitude, l’enfant à ses rêves. Retrouve-toi toi-même, chaque jour. Offre leur peine, offre la tienne, seul Dieu suffit.

Le prêtre tuteur

Et oui trop de familles adoptent un curé et le phagocytent. C’est une chance inouïe, curé, que tu fasses partie de la famille, que tu nous fasses l’honneur de ta présence le dimanche ou aux fêtes de famille, et merci pour ta patience ! C’est généreux, les ouailles, de l’inviter en vacances avec vous, en WE au bord de la piscine, au mariage et au baptême ! 

Mais qui a pensé aux honoraires ? Qui se rappelle qu’un déplacement ça coûte, que le temps du curé, c’est aussi de l’argent, et ses vacances aussi pour son repos ? Si les tiennent riment avec glande, bronzage et apéros, doit il supporter tes femmes en bikini et tes conversations douteuses ? Crois-tu que les câlins de tes enfants soient destinés à tous, penses-tu que poster tes photos avec bébé nu sur ses genoux soit la meilleure idée pour la prospérité ? Et quand tu lui demandes de véhiculer ta fille ou de partir en WE avec ton fils pour profiter de ces moments pour « de bonnes conversations », penses-tu user de prudence pour sa réputation ? Crois-tu que ton enfant sera à l’aise dans ce tête à tête ?

Et lui, tout dans le don, sait-il seulement dire non, s’imposer des limites, dresser des barrières, filer à l’anglaise, rentrer à l’église ? Prêtre, ta dignité passe aussi par tes refus. Le couple sombre, les enfants dévient, les liens se distendent, la communication s’étiole... Inviter le curé ré enchanterait les relations ? Ou est-ce un pansement sur une plaie purulente ? « N’exaspérez pas vos enfants »... par la présence permanente du clergé dans la cellule familiale, et ne croyez pas que l’amour conjugal s’alimente à coup de fréquentations ecclésiales. Seul Dieu suffit.


Alors que fait-on ?


« Le prêtre s’use quand il ne sert pas » : demandons lui les sacrements.

Le prêtre est faible : servons-le !

Le prêtre est pêcheur : aidons-le !

Le prêtre est consacré : respectons-le !

Le prêtre est notre frère en Christ, aimons-le... en Christ !

Les ouailles sont perdues : éclairons-les... avec le Christ !

Les ouailles sont en manque : montrons-leur le Christ !

Les ouailles sont pauvres : offrons-leur le Christ !

Les ouailles sont absentes : apportons leur le Christ !

Lui qui luit le jour et la nuit !

Dieu seul suffit !



jeudi 3 décembre 2015

Vers une doctrine catholique face à une guerre asymétrique




La France est en guerre. Pour être plus exact : les "officiels" de la République - politiques et médias - reconnaissent que nous y sommes - in fine mais non sans débats byzantins. Tous ceux qui voulaient bien y réfléchir sans idéologie, et en particulier la communauté militaire, le savaient depuis dix ans. Il est vrai que cette guerre est d'un type nouveau. Il ne s'agit plus comme dans les conflits classiques de deux Etats ou de deux coalitions d'Etats qui entrent en conflit avec des frontières bien connues en ennemis clairement déclarés. Nous sommes entrés dans une guerre dite asymétrique caractérisée par sa dimension terroriste et par l'idéologie islamiste qui la sous-tend. Pour les catholiques, si la théologie de la guerre "juste", formulée par s. Thomas d'Aquin[1], reste une base, le nouveau type de conflit fait surgir des questions auxquelles le docteur angélique n'avait pas été confronté au XIIIe siècle ! Face au conflit terroriste, deux réponses principales doivent être apportées. Une réponse armée et une réponse doctrinale.

La première réponse ne peut se contenter d'être "sécuritaire". Nous sommes en guerre : il faut une réponse militaire. Il ne s'agit pas seulement de protéger la population française sur le sol national, mais pour y parvenir de traquer l'ennemi djihadiste dans ses retranchements. Une facette est donc de l'ordre ordinaire de l'intervention extérieure, telle que nous la connaissons avec l'opération Barkhane. Sur cet aspect la réflexion de l'Eglise est largement connue et applicable[2]. Cependant là aussi, nous ne sommes pas en guerre contre un Etat défini selon les normes habituelles, mais contre un ennemi multiforme, ce qui oblige le militaire à une réflexion permanente sur son action [3]. L'autre facette, sur notre propre territoire, exige un lourd engagement des forces de sécurité et un travail sans relâche du renseignement et des forces de l'ordre. Elle nous ramène à ce que notre pays a déjà connu en Algérie, et à tous les débats sur la guerre "contre-révolutionnaire". Sur ce point, la réflexion catholique reste source de controverses. Des tenants "jusqu'au-boutistes" de la fin qui justifie les moyens - y compris la torture -, aux soutiens inconditionnels d'un pacifisme extrémiste, on risque fort de retrouver les mêmes clivages au sein du catholicisme, cinquante ans plus tard. Il est urgent de réfléchir à un corpus doctrinal d'emploi de la force publique dans ce nouveau contexte que nous connaissons.

C'est dire, si la réponse doctrinale doit prendre une place de choix dans notre combat. Le monde catholique est attendu spécialement sur ce terrain. D'abord parce que notre ennemi islamiste entend confondre Occident décadent et catholicisme - d'où son emploi répété du terme "croisés" pour nous désigner. Ensuite parce que l'EI endoctrine ses combattants et ses soutiens et qu'une réponse argumentaire adéquate doit lui être opposée.

Dans le cadre restreint de cet article nous ne prendrons qu'un exemple. La question de la définition de l'ennemi[4] et de son mode d'action. Elle est cruciale, car d'elle se déduit la doctrine des moyens à employer pour combattre avec succès et les raisons profondes qui poussent à contrer cet ennemi précis.

Dans la guerre, rappelle Glen Gray, l'ennemi doit être considéré comme abominable et barbare[5] pour être mieux combattu. On sait que certaines théories privent le combattant terroriste de toute dignité, à cause des moyens mêmes qu'il a choisi d'utiliser, et autorisent alors toute forme de rétorsion pour l'empêcher de nuire. S. Thomas semble ne pas dire le contraire : " Si pour se défendre on exerce une violence plus grande qu'il ne faut, ce sera illicite. Mais si l'on repousse la violence de façon mesurée, ce sera licite "[6] Y-a-t-il une violence plus grande que l'attentat terroriste visant des civils innocents ? S. Thomas va plus loin: " Et il n'est pas nécessaire au salut que l'on omette cet acte de protection mesurée pour éviter de tuer l'autre, car on est davantage tenu de veiller à sa propre vie qu'à celle d'autrui ". Comment dès lors concilier la dignité intrinsèque de tout être humain - largement amplifiée par la pensée de s. Jean-Paul II - et la déchéance morale du terroriste ? Le Catéchisme de l'Eglise catholique précise : " L'effort fait par l'Etat pour empêcher la diffusion de comportements qui violent les droits de l'homme et les règles fondamentales du vivre ensemble civil, correspond à une exigence de la protection du bien commun. L'autorité publique légitime a le droit et le devoir d'infliger des peines proportionnelles à la gravité du délit ". Que pouvons-nous dès lors opposer à la gravité de l'acte terroriste barbare ? Le CEC continue : " L'enseignement traditionnel de l'Eglise n'exclut pas, quand l'identité et la responsabilité du coupable sont pleinement vérifiées, le recours à la peine de mort, si celle-ci est le seul moyen praticable pour protéger efficacement de l'injuste agresseur la vie d'êtres humains ". Si la peine de mort ou une peine équivalente à la souffrance imposée ne sont pas requises contre les terroristes, nous risquons fort d'entretenir l'idée, déjà promue par l'EI, que la vie d'un djihadiste vaut plus que celle d'un civil innocent. Dans le cadre nouveau de ce type de guerre que nous impose l'EI, prêt à tout pour le succès de son idéologie, ne faudrait-il donc  pas reprendre notre réflexion sur les  peines encourues par les terroristes islamiques ?

Ne nous y trompons pas, dans ce type de guerre, on peut perdre sa vie, mais plus souvent encore son âme. En tant que catholiques, défenseurs inconditionnels de la vie et de la dignité humaine des innocents, nous sommes attendus sur ce terrain. Seule la mise en place d'un référentiel éthique exigeant servira de rempart aux décrochages moraux si fréquents en temps de guerre. La marge de manœuvre est étroite, mais le Christ nous a prévenus : " Voici, je vous envoie comme des brebis au milieu des loups. Soyez donc prudents comme les serpents et simples comme les colombes "[7].


Article paru dans le journal L'Homme Nouveau
numéro 1603 du 5 décembre 2015




[1] Rappelons les trois premières conditions que s. Thomas d'A. exige : auctoritas principis : la guerre ne peut relever que de la puissance publique sinon elle est un crime. Causa justa : la cause juste ; c'est cette dernière notion qui donne lieu à de nombreuses interprétations. Et enfin intentio recta : l'intention ne doit pas être entachée de causes cachées mais uniquement le but de faire triompher le bien commun. 
[2] Cf. CEC n° 2309.
[3] On touche ici du doigt l'extrême importance de la responsabilité et donc de la formation politique et éthique des militaires qu'on ne saurait réduire à des "spécialistes de la chose armée".
[4] Jésus lui-même reconnaît l'existence d'ennemis : "mais moi je vous dis : aimez vos ennemis" (M. 5.44)
[5] Jesse GLENN GRAY, Au combat. Réflexions sur les hommes à la guerre, Tallandier, 2012. La propagande joue un rôle essentiel dans toutes les guerres mais crucial dans les guerres asymétriques terroristes.
[6] Somme théologique 2-2, 64, 7 cité par le CEC
[7] Mt. 10,16

jeudi 1 octobre 2015

Thérèse de Lisieux

Prier pour les prêtres





Une vie de vingt-quatre ans, dont la majeure partie adulte passée au Carmel, et qui pourtant remplie des pages et des pages de nombreux ouvrages ! Voilà bien l'un des miracles de la "petite" Thérèse, confortant ainsi l'idée que, s'il existe encore une aventure à vivre sur cette terre en ce XXIe siècle, c'est l'aventure intérieure, l'aventure spirituelle. 

Son seul grand voyage fut ce pèlerinage exceptionnel vers Rome, où elle devait rencontrer le pape Léon XIII et lui demander l'autorisation d'entrer au Carmel avant l'âge requis. Echec total à vue humaine. Elle-même écrira : "J'ai le cœur bien gros. Cependant, le Bon Dieu ne peut pas me donner des épreuves qui sont au-dessus de mes forces. Il m'a donné le courage de supporter cette épreuve." Grande expérience humaine que ce voyage, dont elle gardera précieusement le souvenir, "Je me disais : plus tard, à l'heure de l'épreuve, lorsque prisonnière au Carmel, je ne pourrai contempler qu'un petit coin de ciel étoilé, je me souviendrai de ce que je vois aujourd'hui. " Un des éléments qui la frappera sera de découvrir la société des prêtres  - 75 sur les 200 pèlerins - en dehors des fonctions liturgiques ou sacramentelles, dans lesquelles elle avait l'habitude jusque-là de les voir. Elle en sera déçue dans un premier temps, percevant qu'ils ne sont aussi que des hommes, avec leurs petitesses, leurs défauts et leurs péchés. 

Combien de fois, nous aussi - et c'est un prêtre qui écrit cela ! - sommes-nous désappointés par la fragilité et la faiblesse des prêtres que nous rencontrons. Comme sainte Thérèse, au lieu de nous en affliger, ou pire d'entrer dans la critique, nous devrions en tirer la conclusion de prier pour eux tous. C'est ce qu'elle fera tout au long de sa courte vie au Carmel. Suivons son exemple, elle qui écrivit cette belle prière :

" Vierge Marie, Mère du Christ-Prêtre, Mère des prêtres du monde entier, Vous aimez Jésus par toute votre vie terrestre, et Vous L'aidez encore dans le Ciel. Nous Vous en supplions, priez pour les prêtres ! "Priez le Père des Cieux pour qu'Il envoie des ouvriers à sa moisson". Priez pour que nous ayons toujours des prêtres qui nous donnent les sacrements, nous expliquent l'Evangile, et nous enseignent à devenir de vrais enfants de Dieu ! Vierge Marie, demandez Vous-même à Dieu le Père, les prêtres dont nous avons tant besoin ; puisque votre Cœur a tout pouvoir sur Lui, obtenez-nous, ô Marie, des prêtres qui soient des saints ! Amen "



Père Christian Venard

twitter : @padremtb